Liberté de la presse: Les médias encore loin!
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Les sources de financement, les bailleurs de fonds prennent le relais pour la manipulation des médias
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Même si la presse électronique a contourné les censures et ouvert les portes
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Marrakech a abrité la 7e conférence de l’Irex
LES médias sont une puissance sans contrepoids. Dans certains pays, où la liberté est sérieusement endommagée, “l’image des médias est encore liée à celle de la propagande des actions de l’Etat et la presse privée, quant à elle, est définie comme un moyen de déstabiliser cet Etat”, commente ironiquement Jan Raath du The Times Zimbabwe.
Le cas de ce pays n’est pas isolé. Plusieurs témoignages et expériences de ce genre ont été rapportés lors de la 7e conférence de l’Irex, organisée à Marrakech le week-end dernier. L’occasion idéale aussi pour débattre du professionnalisme des médias, des écarts, des financements des chaînes de télévision. La part belle a été accordée à la chaîne de télévision Al Jazeera. Des débats qui interviennent après les réformes entreprises par le Maroc dans le domaine des médias. “Accueillir la 7e conférence de l’Irex est déjà un gain. C’est une grande reconnaissance pour les médias de la région, considérés comme des acteurs de réforme. Ils ont joué un rôle important dans la transition démocratique”, estime Saïd Essoulami, directeur exécutif du centre de liberté des médias pour la région Mena. L’Irex est une organisation créée par le département d’Etat américain au lendemain de la guerre froide. Son objectif était d’aider à la formation de journalistes des pays de l’Est, pour jouer “un rôle important dans la transition démocratique”. L’organisation a concentré ses actions dans la région de l’Europe de l’Est et aujourd’hui les élargit au Moyen-Orient, quelques pays d’Afrique et d’Asie.
Durant les deux jours de débats à Marrakech auxquels ont participé plusieurs représentants de médias et d’ONG, une attention particulière fut accordée au programme de l’Irex de formation des journalistes et qui, aux yeux de certains, n’est pas suffisant: “Il faudra offrir des possibilités de travail à ces journalistes formés”, commente une représentante d’une radio pakistanaise. Propos renchéri par un autre conférencier: “La formation devra être plus spécifique, et doit prendre en compte le régime du pays et les censures qui sont encore de rigueur”. Bien sûr l’avènement de la société électronique a changé quelque peu les choses et contourné les censures. La presse électronique a ouvert les portes et libéré les médias dans des pays comme la Jordanie. Seul contre-exemple, la Tunisie.
Autre volet de ces débats et qui est sans conteste un des plus importants sinon le plus vital pour l’indépendance des médias, les financements des organes. Aujourd’hui, la restriction des médias prend d’autres formes alarmantes: la concentration de supports médiatiques au sein d’une seule entreprise. C’est le cas des USA par exemple où “la liberté de la presse est réservée aux gens qui contrôlent les médias”, commente ironiquement un conférencier. En France aussi où certains médias sont entre les mains de “marchands d’armes et constructeurs de bâtiments”. On n’en a pas parlé à Marrakech où les débats étaient concentrés sur les médias de l’Europe de l’Est et la région Mena. “Comment rechercher des mécanismes de financement efficaces dans des pays non démocratiques?” se sont interrogés certains. La question restera sans réponse, puisque même dans des pays qui le sont, il existe peu de bailleurs de fonds à 100% neutres.
“Les meilleures et les plus fiables sources de fonds sont les consommateurs, auditeurs ou lecteurs”, tente de répondre un représentant d’une ONG. Là aussi, petit couac, cela suffit rarement. Les recettes publicitaires d’une chaîne comme Al Jazeera, qui a pourtant une grande audience et une certaine crédibilité, représentent à peine 20% de son budget.
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Pluralisme et investigation
"Quand la société tout entière passe sous la coupe d’un pouvoir à la fois médiatique, économique et politique. Que celui-ci ne tolère pas de critiques, que de lui-même, il ne faut plus chercher à développer un journalisme d’investigation”. Le constat est celui d’un journaliste du Mali. Il explique: “Les investigations ne sont pas faites profondément compte tenu de la rétention de l’information et de la délicatesse des sujets. Le pluralisme intellectuel et culturel est confiné alors aux marges que l’on veut bien lui concéder. “Je propose alors de remplacer le journalisme d’investigation par le journalisme de fonds”.
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Le cas Al Jazeera
Alors que le premier jour de la conférence de l’Irex a été consacré aux pays des Balkans, la part belle sera donnée aux médias arabes le lendemain. Et plus exactement à la chaîne Al Jazeera. Un journaliste américain s’est insurgé contre l’interdiction de ce média dans des pays démocratiques et la fermeture des bureaux régionaux de cette chaîne. “Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu plus de solidarité envers ce confrère”, dit-il.
Du reste, la chaîne a été saluée pour tous les efforts qu’elle fournit et les couvertures des évènements où elle s’est distinguée coiffant au poteau des télévisions comme CNN. Autre constat, aussi positif, le média a eu un effet bénéfique sur les autres chaînes régionales qui ont ouvert leurs portes aux ONG et se sont professionnalisées. Le financement de cette télévision qui, rappelons-le, provient du gouvernement du Qatar, a été aussi largement débattu. Pour les journalistes de ce média, le gouvernement du Qatar (un petit pays qui connaît peu de problèmes) n’intervient pas dans les choix éditoriaux. Et puis, les USA n’ont-ils pas riposté en finançant à leur tour la chaîne Al Hurra?
Badra BERRISSOULE
© 2001 L'économiste

